2 sept. 2026

Face au défi du déficit public, économiser sur les retraites est un choix risqué !

À l’approche de l’automne 2026,  il ne se passe pas un jour sans que soient évoqués le déficit budgétaire de l’État et sa dette publique. Le déficit budgétaire de la France se situe à 5 % en 2026. Mais cette prévision apparaît désormais difficile à atteindre et la Banque de France estime que le déficit pourrait atteindre 5,2 % du PIB. Quant à la dette publique, elle s’élevait à 3 536 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB, à la fin du premier trimestre 2026 selon l’INSEE. La charge budgétaire de la dette de l’État est prévue à près de 59 milliards d’euros en 2026 et devrait continuer à progresser.

Les dépenses publiques constituent elles aussi un enjeu majeur. Elles dépassaient 1 700 milliards d’euros en 2025, dont une part très importante est consacrée aux dépenses sociales. Parmi celles-ci, les retraites représentent l’un des postes les plus importants, avec 422 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du PIB. La santé constitue également une dépense sociale majeure.

Faire des économies paraît donc nécessaire. Mais encore faut-il choisir où les réaliser. Or, les dépenses sociales, et notamment les retraites, semblent à nouveau constituer une cible privilégiée. Ce choix est pourtant économiquement risqué.

Les retraités ne sont pas une charge pour l’économie…

Parmi les pistes envisagées figurent notamment la désindexation des pensions comprises entre 2 000 et 3 000 euros brut mensuels, la suppression de l’abattement de 10 % sur les pensions de retraite ou encore le relèvement du plafond des franchises médicales. À terme, une dose de capitalisation pourrait même également être introduite dans notre système de retraite à la demande de certains économistes. Ce serait prendre le risque de fragiliser la chaîne d’union sociale entre les actifs et les retraités qui constitue le principe même de notre système de répartition. Dans cette logique purement comptable, les retraités sont considérés comme une charge. C’est oublier qu’ils représentent aussi une richesse pour notre économie et notre société. La plupart d’entre eux exercent en effet de nombreuses activités non marchandes : engagement bénévole dans les associations, garde des enfants et petits-enfants, participation à la vie locale ou à des activités de loisirs. Ces activités créent de la richesse économique et sociale sans être comptabilisées dans le PIB. Si elles devaient être confiées au secteur marchand, de nombreux ménages et associations ne pourraient pas en supporter le coût. Elles contribuent également au lien social et au vivre-ensemble, indispensables à notre démocratie. Ne pas prendre en compte cette réalité fausse donc le débat budgétaire sur le coût réel des retraites.

 … Et désindexer les retraites, c’est aussi affaiblir la consommation…

Sous-indexer les pensions comprises entre 2 000 et 3 000 euros brut ferait perdre du pouvoir d’achat à une grande partie des retraités. Cette mesure renforcerait l’idée qu’ils seraient des ménages privilégiés par rapport aux actifs. Or, si la désindexation peut rapporter rapidement des recettes à l’État, c’est surtout parce qu’il y a beaucoup de retraités, et non parce que leurs pensions seraient particulièrement élevées. Ces ménages seraient en outre doublement pénalisés par la baisse de leur pension et par la hausse des franchises médicales puisque que les dépenses de santé augmentent avec l’âge. Surtout, cette politique aurait des conséquences économiques à moyen terme. Les retraités ont une forte propension à consommer. Réduire leur pouvoir d’achat, c’est donc réduire leur consommation, qui demeure l’un des moteurs essentiels de la croissance. Moins de consommation, c’est moins de croissance et moins de croissance, c’est aussi moins de recettes fiscales et donc plus de déficit. L’économie réalisée aujourd’hui pourrait ainsi contribuer à fragiliser les recettes de demain. Au vu de ce rapport bénéfices-risques, économiser prioritairement sur les retraites paraît donc être une mauvaise idée puisque la recette serait limitée alors que le coût économique et social pourrait être important.

… C’est pourquoi il faut chercher d’autres leviers.

Face au déficit public, le débat revient trop souvent aux mêmes solutions : moins d’impôts, moins de dépenses publiques et moins de dépenses sociales. Il faudrait pourtant s’interroger davantage sur la structure même de nos dépenses publiques et de notre fiscalité ainsi que sur le revenu du travail. Des économies sont nécessaires, mais elles pourraient porter davantage sur certaines dépenses administratives plutôt que sur les dépenses sociales. Une réflexion pourrait également être menée sur la gratuité totale de certains services publics, lorsque celle-ci n’est pas indispensable. Les économies ainsi réalisées permettraient de mieux préserver les dépenses d’éducation, de santé et de recherche, qui sont aussi des facteurs de croissance, de productivité et, à terme, de recettes fiscales. Ces économies devraient être complétées par une fiscalité plus juste et mieux ciblée. Il faut notamment réduire fortement certaines niches fiscales et demander davantage aux grandes entreprises qui délocalisent une partie de leurs bénéfices dans les paradis fiscaux plutôt que d’investir en France. L’État pourrait également conditionner les allègements de cotisations patronales aux entreprises qui investissent, innovent, créent des emplois et augmentent les salaires. Enfin, il conviendrait de mieux taxer les revenus du capital financier et beaucoup moins les revenus du travail. Les dividendes ont fortement progressé en dix ans, contrairement aux salaires. Notre fiscalité devrait davantage récompenser le travail et l’investissement productif que la spéculation financière. Il ne s’agit pas de nier la gravité de la situation de nos finances publiques. Il s’agit de choisir les bonnes priorités. Réduire le pouvoir d’achat des retraités pour obtenir rapidement quelques économies peut sembler séduisant dans une logique comptable. Mais une politique budgétaire ne peut pas se résumer à additionner des dépenses et à chercher où les réduire. Elle doit aussi tenir compte de leurs conséquences sur la consommation, la croissance, l’emploi, les recettes fiscales et la cohésion sociale. C’est pourquoi on doit rechercher des économies là où elles sont réellement possibles, lutter contre certaines injustices fiscales, mieux orienter les aides aux entreprises et favoriser les revenus du travail et l’investissement productif. Cette stratégie permettrait de dégager de nouvelles recettes sans pénaliser inutilement les ménages ni les petites et moyennes entreprises.

Face au déficit et à la dette publique, nous avons besoin d’un cap budgétaire. Mais ce cap ne doit pas être celui de l’austérité sociale. Il doit être celui de la justice, de la croissance et d’une meilleure efficacité de la dépense publique permettant à notre économie de devenir plus forte.

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