12 sept. 2019

Réforme des retraites pour 2025


Réformer les retraites sans compensation serait injuste !
Après l’assouplissement du marché du travail instauré par la loi travail en janvier 2018, notre système de retraite pourrait à son tour être touché par la flexibilité. Conçu au lendemain de la seconde guerre mondiale, ce régime de répartition repose sur un principe de solidarité entre les générations selon lequel les retraites sont payées par les cotisations des actifs occupés. En  2025 ce système alors vieux de 80 ans sera remplacé par un régime universel par points. Le nouveau système plus individualiste est présenté par les promoteurs de la réforme comme plus simple, plus juste et mieux équilibré financièrement que le régime actuel fondé sur la solidarité horizontale. Notre système de retraite serait à leurs yeux en danger financièrement dans les années à venir.


 Des réformes ont été entreprises  pour réduire le déficit … mais  2025-2035 sera un cap difficile.

Pourtant, après de nombreuses réformes : 1993, 2003, 2010 et 2014, la caisse nationale d’assurance vieillesse est excédentaire depuis 2016 à l’exception du fonds de solidarité vieillesse. L’allongement du départ à la retraite, l’allongement de la durée de cotisation, la hausse des cotisations vieillesse et de la CSG ainsi que l’indexation des pensions sur l’inflation, ont contribué à améliorer les finances de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse. Grâce à ces différents leviers et malgré un ratio cotisants/retraités toujours plus faible, les dépenses de retraites devraient varier entre 11,6% et 14,2% du PIB en fonction des divers scénarios de croissance retenus par le Centre d’Orientation des Retraites. Alors dans ces conditions, y-a-t-il vraiment une urgence financière à réformer notre régime de retraites ?
Selon les projections du C.O.R, les années 2025-2035 seront les périodes les plus difficiles pour maintenir l’équilibre financier en raison de la dégradation du rapport actifs/retraités. De 1.7 cotisants pour un retraité en 2018, il pourrait passer de 1.65 cotisants pour un retraité en 2020 et de 1.4 en 2040 en aggravant ainsi le déséquilibre financier, à cause de l’allongement de l’espérance de vie et d’une croissance condamnée à rester en deçà de 2% du PIB peu créatrice d’emplois. Tous régimes confondus, l’équilibre ne devrait pas être atteint avant le début des années 2040. Dans ce contexte, les trois leviers que sont : l’augmentation des cotisations ou celle de leure durée,  le recul de l’âge légal de départ à la retraite et la diminution du montant des pensions, auront de plus en plus de difficulté à faire face au besoin de financement s’élevant à 4% du PIB en 2020.
 Une réforme nécessaire pour certains, mais risquée et pouvant créer des injustices…

Dans ces conditions, la mise en place d’une retraite par points sous couvert d’une meilleure lisibilité et d’une meilleure égalité, supprimant les 42 régimes actuels, permettrait grâce à l’universalité de son régime calculé sur l’ensemble de l’activité professionnelle, de réduire le niveau des dépenses de retraites dans le PIB. Elle permettrait le retour à l’équilibre financier grâce à la flexibilité rendue possible par l’ajustement à tout moment des points ainsi que de leur valeur selon l’environnement démographique et économique. Le niveau des pensions serait ainsi ajusté en permanence, ce qui pourrait encourager le recours à l’assurance privée de certains salariés afin de faire face à cette incertitude pour garantir le niveau de leur pension. Cette flexibilité risquerait ainsi de créer  un double système de retraites : un système par répartition et un système par capitalisation pouvant peu à peu se cannibaliser. De plus, cela inciterait les salariés à travailler bien au-delà de 63 ans, l’âge effectif de départ à la retraite, pour maximiser leurs points, privant ainsi les jeunes entrant sur le marché du travail, de certains emplois et par conséquent privant le système de cotisants.
Le caractère universel du régime par points comporte en l’état actuel d’autres risques. L’universalité du régime fondé sur le principe d’un euro cotisé ouvrant les mêmes droits pour tous, semble tout à fait juste en théorie. Cependant cette équité n’est que partielle pour certains actifs. En effet, dans la fonction publique, vouloir compenser la dépréciation des retraites des fonctionnaires liée à la suppression des six derniers mois de salaire au profit de l’ensemble de la carrière servant de base de calcul des pensions, en intégrant les primes dans leur salaire brut, pénalise fortement les enseignants. Ils font partie des un million de fonctionnaires qui ne bénéficient d’aucune prime. L’application de cette règle du privé au nom du principe d’égalité réduira ainsi fortement le niveau de leur pension. Or si en contrepartie, aucune compensation ou si aucune valorisation significative de leur rémunération, ne sont mises en œuvre, le caractère universel du système pourrait prendre un caractère différentiel aggravant les inégalités entre les fonctionnaires de catégorie A.

Elle est aussi partielle pour certains actifs du secteur privé. Un euro cotisé n’a pas la même valeur entre des salariés exerçant un travail pénible et ceux travaillant dans des conditions confortables. A cause de la pénibilité, les premiers contrairement aux seconds, ne pourront pas toujours travailler au-delà de 60 ans et seront donc contraints de cesser leur activité avec des pensions réduites à défaut de points suffisamment accumulés. Cette dépréciation fait courir le risque d’une paupérisation de certains retraités faute d’une compensation valorisant le point lié à la pénibilité. Vouloir mettre à égalité tout le monde devant la retraite crée des injustices.
Le futur système de retraites privilégiant la flexibilité des pensions plutôt que celle de l’âge et de la durée de cotisations pour s’adapter à l’augmentation de l’espérance de vie, ne sera efficace et juste, que si l’incertitude sur la valeur des points est levée et que si des compensations sont créées pour garantir l’équité universelle du système.