18 déc. 2019

La réforme des retraites : à quel prix ?

La réforme des retraites était-elle vraiment nécessaire. Pour le savoir écoutez l'interview de Daniel Cohen sur France Culture , cliquez sur le lien  : réforme à quel prix ?
"Cette réforme est un immense gâchis. Une réforme était souhaitable parce qu’un grand nombre de Français ne se sentent pas rassurés par le système actuel. […] Au lieu de corriger le système pour le rendre plus rassurant, le gouvernement a réussi le tour de force de le rendre plus anxiogène." Daniel Cohen
Le rapport du COR (Conseil d'Orientation des Retraites) montre que dans la trajectoire actuelle les dépenses de retraites sont budgétairement soutenables : "À horizon de 2070, dans 3 scénarios sur 4, la part des retraites dans le PIB baisse. […] On peut davantage revaloriser les retraites que ce qui a été fait jusqu’à présent." Daniel Cohen
On est en train de construire un mécanisme qui vise à faire des économies. Daniel Cohen
"La politique nous révèle son pire visage en faisant des calculs en alliances plutôt que de viser le bien public. Ça peut se payer cher dans les urnes, mais j'espère que le gouvernement retrouvera la voix de la raison." Daniel Cohen

12 sept. 2019

Réforme des retraites pour 2025


Réformer les retraites sans compensation serait injuste !
Après l’assouplissement du marché du travail instauré par la loi travail en janvier 2018, notre système de retraite pourrait à son tour être touché par la flexibilité. Conçu au lendemain de la seconde guerre mondiale, ce régime de répartition repose sur un principe de solidarité entre les générations selon lequel les retraites sont payées par les cotisations des actifs occupés. En  2025 ce système alors vieux de 80 ans sera remplacé par un régime universel par points. Le nouveau système plus individualiste est présenté par les promoteurs de la réforme comme plus simple, plus juste et mieux équilibré financièrement que le régime actuel fondé sur la solidarité horizontale. Notre système de retraite serait à leurs yeux en danger financièrement dans les années à venir.


 Des réformes ont été entreprises  pour réduire le déficit … mais  2025-2035 sera un cap difficile.

Pourtant, après de nombreuses réformes : 1993, 2003, 2010 et 2014, la caisse nationale d’assurance vieillesse est excédentaire depuis 2016 à l’exception du fonds de solidarité vieillesse. L’allongement du départ à la retraite, l’allongement de la durée de cotisation, la hausse des cotisations vieillesse et de la CSG ainsi que l’indexation des pensions sur l’inflation, ont contribué à améliorer les finances de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse. Grâce à ces différents leviers et malgré un ratio cotisants/retraités toujours plus faible, les dépenses de retraites devraient varier entre 11,6% et 14,2% du PIB en fonction des divers scénarios de croissance retenus par le Centre d’Orientation des Retraites. Alors dans ces conditions, y-a-t-il vraiment une urgence financière à réformer notre régime de retraites ?
Selon les projections du C.O.R, les années 2025-2035 seront les périodes les plus difficiles pour maintenir l’équilibre financier en raison de la dégradation du rapport actifs/retraités. De 1.7 cotisants pour un retraité en 2018, il pourrait passer de 1.65 cotisants pour un retraité en 2020 et de 1.4 en 2040 en aggravant ainsi le déséquilibre financier, à cause de l’allongement de l’espérance de vie et d’une croissance condamnée à rester en deçà de 2% du PIB peu créatrice d’emplois. Tous régimes confondus, l’équilibre ne devrait pas être atteint avant le début des années 2040. Dans ce contexte, les trois leviers que sont : l’augmentation des cotisations ou celle de leure durée,  le recul de l’âge légal de départ à la retraite et la diminution du montant des pensions, auront de plus en plus de difficulté à faire face au besoin de financement s’élevant à 4% du PIB en 2020.
 Une réforme nécessaire pour certains, mais risquée et pouvant créer des injustices…

Dans ces conditions, la mise en place d’une retraite par points sous couvert d’une meilleure lisibilité et d’une meilleure égalité, supprimant les 42 régimes actuels, permettrait grâce à l’universalité de son régime calculé sur l’ensemble de l’activité professionnelle, de réduire le niveau des dépenses de retraites dans le PIB. Elle permettrait le retour à l’équilibre financier grâce à la flexibilité rendue possible par l’ajustement à tout moment des points ainsi que de leur valeur selon l’environnement démographique et économique. Le niveau des pensions serait ainsi ajusté en permanence, ce qui pourrait encourager le recours à l’assurance privée de certains salariés afin de faire face à cette incertitude pour garantir le niveau de leur pension. Cette flexibilité risquerait ainsi de créer  un double système de retraites : un système par répartition et un système par capitalisation pouvant peu à peu se cannibaliser. De plus, cela inciterait les salariés à travailler bien au-delà de 63 ans, l’âge effectif de départ à la retraite, pour maximiser leurs points, privant ainsi les jeunes entrant sur le marché du travail, de certains emplois et par conséquent privant le système de cotisants.
Le caractère universel du régime par points comporte en l’état actuel d’autres risques. L’universalité du régime fondé sur le principe d’un euro cotisé ouvrant les mêmes droits pour tous, semble tout à fait juste en théorie. Cependant cette équité n’est que partielle pour certains actifs. En effet, dans la fonction publique, vouloir compenser la dépréciation des retraites des fonctionnaires liée à la suppression des six derniers mois de salaire au profit de l’ensemble de la carrière servant de base de calcul des pensions, en intégrant les primes dans leur salaire brut, pénalise fortement les enseignants. Ils font partie des un million de fonctionnaires qui ne bénéficient d’aucune prime. L’application de cette règle du privé au nom du principe d’égalité réduira ainsi fortement le niveau de leur pension. Or si en contrepartie, aucune compensation ou si aucune valorisation significative de leur rémunération, ne sont mises en œuvre, le caractère universel du système pourrait prendre un caractère différentiel aggravant les inégalités entre les fonctionnaires de catégorie A.

Elle est aussi partielle pour certains actifs du secteur privé. Un euro cotisé n’a pas la même valeur entre des salariés exerçant un travail pénible et ceux travaillant dans des conditions confortables. A cause de la pénibilité, les premiers contrairement aux seconds, ne pourront pas toujours travailler au-delà de 60 ans et seront donc contraints de cesser leur activité avec des pensions réduites à défaut de points suffisamment accumulés. Cette dépréciation fait courir le risque d’une paupérisation de certains retraités faute d’une compensation valorisant le point lié à la pénibilité. Vouloir mettre à égalité tout le monde devant la retraite crée des injustices.
Le futur système de retraites privilégiant la flexibilité des pensions plutôt que celle de l’âge et de la durée de cotisations pour s’adapter à l’augmentation de l’espérance de vie, ne sera efficace et juste, que si l’incertitude sur la valeur des points est levée et que si des compensations sont créées pour garantir l’équité universelle du système.

7 août 2019

15 avr. 2019

Une autre croissance pour préserver notre avenir !

La croissance est une augmentation régulière et soutenue de la production pendant une ou plusieurs périodes. Cette production peut être marchande et non marchande c'est-à-dire réalisée par des producteurs privés et par l’Etat, notamment par les services publics. Elle se mesure à partir du P.I.B. (Produit Intérieur Brut) qui exprime la quantité de richesses produites dans un pays sur une période donnée. Son taux de croissance est un signe de bonne santé économique du pays, puisqu’il détermine le niveau de l’emploi, conditionne notre niveau de vie et garantit l’augmentation des ressources de notre protection sociale. Tous les gouvernements, voire tous les pays, guettent son évolution et cherchent à le soutenir malgré les effets secondaires qu’il peut avoir sur l’environnement.
 Une croissance qui nous fait croire au bonheur économique malgré ses effets secondaires…
 La course au toujours plus de richesses, toujours plus de profits,  toujours plus de  consommation, nous fait croire à un bonheur économique garanti par l’augmentation du P.I.B. Cette augmentation permet à chaque acteur économique d’avoir davantage et donc de pouvoir satisfaire ses besoins selon l’adage : « c’est en ayant plus que l’on vit mieux ». C’est pourquoi, une croissance toujours plus forte, est tant recherchée par les Etats.
Alors comment la rendre plus forte ? Il existe deux façons de la faire progresser.
La première, celle de «  l’avoir », consiste à produire toujours plus, au moindre coût, au risque de mettre en péril le climat, d’épuiser les ressources naturelles, au risque d’appauvrir d’année en année la biodiversité, ou encore de précariser ou de flexibiliser davantage le travail et d’aggraver les inégalités.
La seconde, quant à elle, celle de « l’être », consiste à produire et à consommer autrement en préservant l’environnement naturel et la biodiversité, en développant les énergies renouvelables, en encourageant la recherche et le développement, en améliorant davantage la formation professionnelle et la qualité du travail.
Consommer moins mais mieux, grâce à une croissance fondée sur la qualité plutôt que sur la quantité, est une solution rendue désormais possible grâce au progrès technique.
Or, aujourd’hui, les pays sous l’influence du « toujours plus »,  malgré les dénonciations au grand jour des risques sur la santé publique de l’utilisation des pesticides et malgré les alertes récurrentes des scientifiques sur le dérèglement climatique, continuent de privilégier le premier modèle de croissance.
Ce modèle de production, en négligeant la valeur ajoutée de la qualité et de celle du bien être,  conduit notre économie dans un cycle de croissance générant plus d’externalités négatives que d’externalités positives.
De plus, en différant les investissements préparant la transition énergétique, il retarde cette mutation dans laquelle l’idée « c’est en étant mieux que l’on vit mieux » trouve tout son sens. Les Etats, sous  l’influence de certains lobbies industriels trop préoccupés par leur propre intérêt et par leurs rendements immédiats, restent peu coopératifs et peu enthousiastes à développer le progrès technique au service d’une croissance qualitative.
…Or, un autre modèle de croissance est  désormais possible grâce au progrès technique…
C’est donc une autre vision du progrès, qu’il faut désormais mettre au service de l’économie où « l’être» prime sur « l’avoir ». Cette orientation nécessite de nouvelles règles de fonctionnement de notre économie. Elle suppose une révolution radicale de nos modes de production et de consommation. Cela impose des changements substantiels dans notre manière de produire, de consommer, de travailler et de répartir les richesses. Cela impose aussi de développer la recherche et le développement au profit de l’environnement et du bien être de tous.
Satisfaire nos besoins sans compromettre ceux de la génération actuelle et future, implique donc de passer d’une économie fondée sur « l’avoir plus » à une économie fondée sur « l’être mieux ». Autrement dit, passer d’un modèle productiviste dominé par le court terme à un modèle du bien être, dans lequel l’activité économique serait basée sur le « toujours mieux » plutôt que sur le « toujours plus ».
La gravité et la rapidité du dérèglement de notre environnement offrent aux Etats l’opportunité de construire cette nouvelle croissance. Face à la réticence de la plupart des pays, l’Union Européenne, quant à elle, ayant toutes les potentialités scientifiques, techniques, économiques, sociales et politiques, pourrait, s’engager sur cette croissance, ouvrant ainsi un nouvel horizon au processus européen et prouvant au reste du monde, qu’une croissance où l’ « être » prime sur l’ « avoir » est possible ! 

20 févr. 2019